Inspiration et ennui, ou pourquoi j’ai foiré mon #defi30joursécriture

Hello ~ 

Comment allez-vous ?

En ce début de Nanowrimo j’avais envie de vous partager un billet d’humeur sur un truc qui n’a absolument rien à voir !

Début septembre Madame Kea Ring l’avait annoncé sur son site : son défi 30 jours d’écriture revient pour une deuxième édition. J’étais heureuse, j’avais vraiment aimé la première et j’étais absolument motivée pour la seconde.

Et puis, il faut dire qu’octobre c’était parfait pour commencer : pile pendant mes vacances ! C’est bien connu, quand on est en vacances, loin de son métro-boulot-dodo, on est dans une bonne ambiance pour écrire !

La petite mamie que je suis avait bien l’intention de passer la journée sous les cocotiers et le soir devant son ordinateur à écrire avec un bon jus de fruits frais.

Verdict ? On ne peut pas être plus éloigné de la réalité que ça.

Déjà parce qu’on ne se met pas sous les cocotiers ! Vu la hauteur des bestiaux, si une noix de coco te tombe dessus tu ne fais pas la maligne.

Et ensuite, il faut admettre que je n’ai pas écrit. Je ne me suis même pas découverte une passion folle pour les soirées sans fin ! Même si j’avoue que j’ai souvent échangé le jus de fruits pour du planteur artisanal …

Mais écrire avant de me coucher, ou n’importe quand d’ailleurs, eh bah je n’y arrivais pas.

Je me posais devant mon ordinateur et là : rien.

Pas une idée, pas une envie, pas un début de quelque chose. Juste le néant.

J’étais comme qui dirait : à sec.

J’ai bien réussi à arracher des limbes de mon imagination le premier défi, Cristal et Moutarde, mais pour le reste, niet.

J’ai dû me faire une raison et regarder la réalité en face : je n’arrive pas à écrire en vacances.

Certains remplissent des carnets à la chaîne en parcourant le monde, alors que moi je me prends deux petites semaines aux Antilles et c’est fini.

Mais du coup pourquoi ?

J’ai cherché un moment en culpabilisant : pourquoi, bon sang de bonsoir je n’y arrive pas ?!

Et puis j’ai trouvé. En voyage je n’ai pas le temps de m’ennuyer.

Je ne dis pas ça pour être prétentieuse, mais c’est un fait. Je ne prends pas beaucoup de vacances, donc quand j’en prends, je ne veux pas en perdre une miette. Surtout quand j’ai la chance de voyager si loin.

La conséquence directe de cette envie de ne pas gâcher c’est que j’ai probablement dix fois plus de choses de prévues en vacances qu’en dehors. Un emploi du temps de ministre qui me laisse peu de temps à ne rien faire et encore moins à m’ennuyer.

Et pour être tout à fait franche avec vous, les quelques passages à vide que j’ai partent dans le travail. Je sais, c’est mal et je suis la première à le critiquer, mais il faut dire j’ai mal été élevé à ce niveau-là. J’y travaille, mais je ne peux pas m’empêcher de vérifier mes e-mails tous les jours et répondre aux étudiants ou aux collègues.

Bref, revenons à nos moutons !

Si je n’arrive pas à écrire, ce n’est pas parce que j’ai un problème (vous pouvez la lire plusieurs fois à voix haute cette phrase, elle n’est pas évidente évidente à première vue !).

Non, si je n’arrive pas à écrire c’est que mon imagination s’épanouit dans l’ennui.

Inventer des histoires, c’est un truc que j’ai commencé à faire gamine quand j’étais toute seule et que j’avais que ça sous la main. Je me racontais des histoires pour passer le temps (et un peu pour gérer mes insomnies). Et puis il y a eu les cours au collège, au lycée et même parfois à la fac, un terreau d’une fertilité vous n’imaginez pas. Et quand je suis devenue grande, les transports en commun, les réunions interminables de trucs déjà dit et re-dit et re-re-dit, sans oublier les douches. Et puis plus récemment les write-in, où arrivé un moment tout le monde écrit et moi avec.

Mon imagination a été entraînée pour vaincre l’ennui, pour occuper mon esprit quand de vilaines pensées noires pouvaient débarquer. Alors forcément, quand je me retrouve noyée dans les activités et les découvertes, la petite dame se repose.

Ce n’est ni grave ni un problème, c’est un fait.

Ce n’est pas parce que les autres écrivent des tartines pendant leurs congés que je dois faire pareil. Chacun son rythme, chacun son fonctionnement.

Je n’essaierai plus d’écrire en vacances et je continuerai à cultiver mon imagination dans l’ennui.

D’ailleurs ! Je ne suis pas toute seule !

Une étude de Mann & Cadman publiée en 2014 montre qu’on est plus créatif après s’être ennuyé !

Ils ont pris des volontaires pour recopier des numéros de téléphone pendant 15 minutes sur une feuille, puis ils leur ont donné deux pots en polystyrène et demandé de lister pendant 3 minutes différentes façons d’utiliser ces deux pots. Les résultats sont clairs : ceux qui avaient recopié le bottin avant de faire l’exercice de créativité trouvent en moyenne dix façons d’utiliser les pots contre 7 pour ceux qui ne sont pas passé par la case annuaire.

HA ! Cela vous en bouche un coin !

Je me permets d’ajouter quelques commentaires, pour être honnête avec vous.

Premièrement, l’étude est beaucoup plus complète que ce que je viens de vous présenter. J’ai fait un micro résumé de la première partie de l’étude, mais si le sujet vous intéresse, je vous encourage vivement à lire l’article associé.

Deuxièmement, il y a beaucoup d’études qui montrent que l’ennui c’est bof comme émotion. L’article dont je vous parle fait référence à pas moins de DIX études qui rapportent les conséquences dramatiques de l’ennui : de la baisse de productivité à l’augmentation du risque de crise cardiaque. Autant dire qu’on a vu mieux.

Troisièmement, c’est très bien souligné dans l’article : l’ennui c’est très difficile à définir. C’est un phénomène complexe et souvent on utilise le même vocabulaire pour désigner des choses qui n’ont rien à voir. Et comme souvent en sciences cela se finit par un beau : il n’y a pas de consensus sur la définition. Traduction : chacun y fait à sa mode et c’est le bordel. Donc on peut avoir une étude qui montre que l’ennui est positivement associé à la créativité et une autre qui dit le contraire sans que l’une ou l’autre soit fausse, cela dépend ce qu’on entend par ennui. Presque pratique !

Mais il est vrai que cela a un avantage incontestable : quand Lucyle cherche si l’ennui peut avoir un effet positif sur l’imagination, elle trouve ! Et du coup elle peut étaler sa pseudoscience sur son blog !

Et enfin, soyons honnête jusqu’au bout : je prends le schmilblick à l’envers. Quand je m’ennuie, je fais comme tout le monde je rêvasse et par conséquent je fais tourner mon imagination. C’est scientifiquement admis que la rêvasserie c’est un mécanisme mis en place pour contrer l’ennui. Par contre le fait qu’il faille s’ennuyer pour mettre en route son imagination n’a pas été prouvé, même dans cette étude. Cette étude montre juste que lorsqu’on rêvasse on est plus créatif, elle ne justifie pas du tout pourquoi j’ai rien pondu pendant mes vacances.

Lucyle ou l’art de présenter des études sympathiques qui lui servent à rien. Ne me remerciez pas, c’est cadeau !

Bon après, je pense que je me suis compliquée la vie pour rien avec mes recherches. Je voulais profiter de mes vacances et à la fin de la journée j’étais fatiguée. Donc poser mes fesses et me mettre devant un écran, alors que je passe ma vie dessus, mon cerveau a dit « Nope, sans moi girl ».

Pour revenir au défi 30 jours écriture, je ne le ferais pas tout de suite. J’ai beaucoup de choses déjà prévues sur le blog pour la fin d’année, je ne vais pas pouvoir caser le défi en plus. Peut-être que je le ferais plus tard, peut-être que je passerais directement à la troisième édition, peut-être que je n’en ferais plus jamais ! Qui vivra verra !

En attendant je vous souhaite le meilleur pour ce mois de novembre particulier, entre Nano et confinement.

Et n’oubliez pas de faire les choses à votre rythme, pas à celui du voisin.

À bientôt !

Lucyle


Mann, S., & Cadman, R. (2014). Does being bored make us more creative?. Creativity Research Journal, 26(2), 165-173.

Inspiration et ennui, ou pourquoi j’ai foiré mon #defi30joursécriture
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6 avis sur « Inspiration et ennui, ou pourquoi j’ai foiré mon #defi30joursécriture »

  • 1 novembre 2020 à 19h27
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    Super article! Merci pour la référence scientifique que je ne connaissais pas.

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    • 1 novembre 2020 à 23h28
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      Merci pour ton retour ! Je suis encore plus heureuse si j’ai pu te faire découvrir l’étude !

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  • 2 novembre 2020 à 14h46
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    Super intéressant. J’adore le « Et comme souvent en sciences cela se finit par un beau : il n’y a pas de consensus sur la définition. » c’est tellement vrai 😀 un article très complet et qui nous apprend des choses, top 👍🏻

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  • 8 novembre 2020 à 11h14
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    Très intéressante, l’étude (j’admire les gens qui vont lire les études et qui vous expliquent ensuite ce que ça dit. J’en suis incapable).
    Et je confirme, pour les cocotiers. En plus, y a toujours des insectes pour te piquer les fesses. T’as passé de super vacances, c’est l’essentiel ^^

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    • 8 novembre 2020 à 14h18
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      J’avoue que pour les insectes, c’est mon copain qui a morflé 😇
      Merci pour ton commentaire et tes jolis mots 🥰

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